In Vero veritas ? Rien de moins sûr.
Le pas-si-nouveau réseau social qui a affolé Internet ces derniers jours semble avoir quelques vices cachés qui ont vite refroidis ses nouveaux utilisateurs.
Retour sur les raisons de cet engouement et de la déception qui en a suivi.

Alors que nous baignons aujourd’hui dans une culture social media très forte et que les réseaux sociaux font partie de notre quotidien, rappelons-nous que cela ne fut pas toujours le cas.

Des internautes en quête du futur nouveau réseau célèbre ?

Certains ici pourront notamment se souvenir de leurs débuts sur Facebook et du silence qui y régnait, ou des premiers utilisateurs d’Instagram que l’on questionnait sur l’utilité de partager des photos sur un autre réseau que sur Facebook…
Si plus personne ne remet aujourd’hui en question la place des réseaux sociaux dans nos vies, chacun semble même chercher à être le premier influenceur d’un futur nouveau réseau où tout serait à écrire.
Voilà, semble-t-il, la première raison de cet intérêt soudain.

On se souviendra pourtant de Peach, Elo ou encore Mastodon, qui avaient eux aussi cherché à s’imposer comme de nouveaux réseaux sociaux, avec de nouveaux codes, et qui ont pourtant disparu des mémoires quelques semaines seulement après leurs débuts.

Cependant, il est vrai aussi que le modèle actuel semble s’épuiser, et que l’algorithme régissant Facebook et Instagram agace de plus en plus. Alors que Vero, qui tire son nom du mot « vrai » en italien, se présente comme un « vrai réseau social », libéré des algorithmes, de toute publicité et qui ressemblerait à un mélange entre Facebook, Instagram, Twitter et Pinterest, on peut y voir là une deuxième plausible explication à son succès.

Ici à l’agence, nous avons bien-sûr tous installé l’application dès que nous avons commencé à en entendre parler, ou du moins nous avons essayé !
Latence du serveur, impossibilité de vérifier son numéro de téléphone, des posts qui ne se publient jamais… Pire qu’un jour de lancement de Pokemon Go !
Si certains ont ensuite apprécié l’interface, d’autres n’ont en revanche pas compris l’intérêt de partager des musiques ou des films. Pour ma part, mon utilisation des réseaux sociaux consistant principalement à scroller indéfiniment mes fils d’actualité à la recherche de la dernière news ou photo qui fera bondir mon coeur, mon feed Vero désespérément vide a de quoi décourager pour l’instant.

Et la situation ne semble pas partie pour s’arranger !

En 48h seulement, les tweets mentionnant Vero sont passés de « comment installer Vero ? » à « comment supprimer son compte de Vero ? », un record de mémoire de Community Manager !

 

Le passé trouble de son fondateur

 

Lancée il y a deux ans par l’homme d’affaires et fils de l’ex premier ministre libanais, Ayman Hariri, Vero a explosé en France pas plus tôt que le week-end dernier. Pourtant, quelques jours après seulement, a commencé à émerger le passé de son fondateur dont l’entreprise familiale, qu’il a dirigée pendant un temps, serait en faillite et en défaut de paiement des arriérés de salaire qu’il doit toujours à ses anciens employés. La société serait également accusée d’esclavage sur certains anciens travailleurs.

Motivé par ces révélations, un certain nombre d’internautes a rapidement émis la volonté de désinstaller l’application.

 

Un modèle économique qui ne séduit pas

À date, Vero tire sa force de son absence de publicité et d’algorithme qui personnaliserait les contenus visibles par les utilisateurs de l’application.
Pourtant, elle collecte aussi les mêmes informations que ses concurrents : noms, prénoms, téléphones, mails, positions géographiques, données de connexion, et se réserve le droit de conserver tout message envoyé via l’application. Toutes ces informations pourraient donc servir à terme à manipuler les fils d’actualité et à afficher des publicités ciblées dans l’application (après avoir revendu les données utilisateur donc).
D’une part, nous n’avons donc aucune certitude sur le fait que les fondateurs n’utiliseront jamais ces informations à ces fins.
Et d’autre part, la contrepartie actuelle est que l’application devrait être payante, exceptée pour le premier million d’utilisateurs.
Si cette dernière nouvelle a poussé un certain nombre d’internautes à s’inscrire, la découverte d’un modèle payant a aussi poussé la plupart à se désinscrire.

Pas l’envie d’avoir de la pub, mais pas non plus de payer pour un réseau social quand tous les autres sont gratuits…

Vero ne sera donc sans doute pas le futur Facebook ou Instagram, mais ce succès aussi fulgurant qu’éphémère témoigne toutefois d’une réalité bien présente et particulièrement contradictoire chez les utilisateurs des réseaux sociaux.

Nous sommes visiblement tous lassés du système actuel, régit par la monétisation, la publicité, et les manipulations de ce que nous voyons en fonction de notre profil numérique et de ce que l’on pourrait nous vendre.
Les créateurs de contenus, comme les simples spectateurs de ces contenus dont je fais partie, réclament unanimement un retour à l’authenticité et au naturel.
Pourtant, pour les premiers d’entre eux, cette volonté semble principalement motivée par le fait que leur reach est en constante chute et que cela nuit à leur business.

Le succès des nouveaux réseaux émergeants tels que Vero serait-il donc dû à la recherche d’un retour aux sources, ou davantage à l’opportunité d’être le premier influenceur d’un monde où les cartes seraient redistribuées ?